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12 juin 2015

Antonio Porta "Les rapports"

Antonio Porta
Les rapports
(Nous, 2015)

Disponible dans (toutes) les (bonnes) librairies et sur le site de l'éditeur ici...


Extraits :

Dialogue avec Herz


"Je fus pris de terreur en devenant lièvre
et accepter, ensuite, cela devint une habitude."
"Si c'était vrai je pourrais me tuer." "Quel est
le destin des lièvres ?" "La mort simple."
"Une peur révoltante me possédait, je couinais,
la nuit, et je broutais les feuilles, de chou
et de tabac. L'hiver je consommai les réserves."

"Je ne veux pas devenir lièvre, mais oiseau
et me prendre dans les épines." "le lièvre meurt
de froid, de faim, de vieillesse ou fusillé.
Un fort vent nocturne, souvent
suffit aux oiseaux, tramontane parmi les canards
congelés." "Herz," dit sur la terrasse,
"nous serons engloutis par la gouttière en un jour
de pluie, emblème de violences."

"Je désirais depuis longtemps bouger
parmi les arbres : devenir oiseau et dans le
feuillage estival découvrir la galerie,
arriver au fondement." "Toucher les racines
et lécher des substances nutritives." "La vieille
aboie," tu as dit, "et l'idiot s'est cogné
contre le mur, avec la roue. Irrité il soulève
le masque des pierres et retombe dans l'incertitude
d'un univers en furieux devenir."

"Je glisse en nageant parmi les algues dangereuses.
Je m'enfonce dans d'épaisses végétations, recouvert
de fourmis et de feuilles. Je mâche des plumes,
c'est presque la connaissance : avec la lumière
du jour entre les fentes et la poussière
qui se lève en un foumillement de protection
et de salut."

Par les cheveux nous saisit le vent, c'est vrai,
derrière le nuage s'arrête un ciel miroir :
dans l'ombre maculée l'atteignit la voix de Herz.
Le soir, sur la terasse, ils continuèrent, heureux :
"L'arbitre du jour et de la nuit aura-t-il jamais une fin ?"

1960-1961

***

Végétaux, animaux

Ce cerf au front prudent pénétré aux alentours
dans le grand pré en galopant rondement
s'avança ; en vol les longues plantes
de toutes parts il saisissait jusqu'à ce que la plante
cigüe le pétrifiât. L'arbre l'ossature écartait
se frayant un chemin parmi les arbres ; avec une touffe en peu de temps
d'une main la hauteur dépassa de la forêt :
deux gardes forestiers y apposèrent une marque.
Qu'à la hache indique le point d'attaque.
L'insecte jaune sur l'arbre rampait
à hautes feuilles larges comme des lacs :
à traîner. Pour lui éclabousser le dos intervint
le bec de Bucorve rouge et courbé, un pont
d'ivoire. Cette fleur feuilles et pétales étendit
jusqu'à d'invraisemblables largeurs : s'y arrêter pouvaient
des colibris et le dense troupeau des insectes.
Idiot ébouriffé, le coupant, l'explorateur
le, à coups de doigts violents, massacra.
ce rat, les yeux aciculaires aiguisa
un nuage rapide fixant qui gonflait en montant, 
explosait sifflant en l'air de violents panaches :
resté découvert, rat du désert, par le faucon attentif
fut déchiqueté. L'oiseau la touffe
des buissons oublia, un très long ver
suça à travars les motts : deux amis galopins
embusqués les yeux réussirent à lui percer
sur la gorge lui clouant la proie du bec
moitié dedans et moitié dehors.

1958

***


Les rapports est actuellement le seul livre de Antonio Porta disponible en français, dont nous ne connaissions vaguement que le nom... alors qu'il est une figure majeure de la poésie italienne d'avant-garde des années 60 (co-fondateur du Gruppo 63 avec notamment Edoardo Sanguineti et Nanni Balstrini). Traduit par Caroline Zekri, préfacé par Alessendro de Francesco, postfacé par Judith Balso : ce riche volume répare l'oubli, et avec la manière ! Quelle découverte ! Merci Nous !